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MAGAZINE VENTILO

Publié le par Théâtre du Petit Matin

MAGAZINE

VENTILO

INTERVIEW
NICOLE YANNI

MAGAZINE VENTILO

IL EST DES PETITS LIEUX CACHÉS QU’ON APPELLE THÉÂTRES, QUI FONT SANS BRUIT UN TRAVAIL RÉSONNANT DANS LA TÊTE DE NOMBREUX MARSEILLAIS. LE THÉÂTRE DU PETIT MATIN (TPM POUR LES INTIMES) ŒUVRE DEPUIS TRENTE ANS AU PARTAGE DES ÉCRITURES CONTEMPORAINES, DONNANT LA PAROLE AUX AUTEURS, AUX COMÉDIENS ET AUX SPECTATEURS. NOUS AVONS RENCONTRÉ LA RESPONSABLE DU LIEU. LIBRE PENSEUSE, AFFRANCHIE ET ENGAGÉE. 
 

Quelle est la particularité du TPM dans le paysage marseillais ?

C’est un petit lieu chaleureux, où nous avons toujours essayé de concilier l’exigence artistique et la convivialité. Nous y défendons les écritures contemporaines, en accueillant par exemple des auteurs qui s’exposent aux questions abruptes et directes du public sur leur écriture. Certains soirs, l’ambiance peut faire penser à un café clandestin…

 

Que pensez-vous de l’adage : « la culture se meurt et le monde va mal » ?

Tant qu’il y aura des humains, il y aura de la culture. Nous sommes dans un monde complètement nouveau, qui se transforme. Plutôt que de pleurer sur ce que l’on perd, il faut retrouver les chemins de la création pour faire exploser les codes de l’intérieur, créer des sortes de bunkers à l’abri du commercial. Prendre le risque d’être en dehors des circuits de diffusion, sans chercher leur reconnaissance.

 

Comment fonctionne le TPM ?

Avec peu de subventions, on arrive tout de même à proposer des choses. En fait, il y a le problème économique des projets, et le problème du fond. Autrement dit : obtenir de l’argent oui, mais pourquoi faire ? Faire des spectacles pour faire des spectacles, comme on le voit de plus en plus dans le théâtre « institutionnel », où le public dit bravo à la fin parce qu’il a tout compris, à quoi ça sert ?

 

Donc selon vous, les subventions mettent à mal l’exigence artistique des théâtres ?

Non, ce n’est pas que ça. Les programmateurs des théâtres cherchent des spectacles qui passeront facilement auprès de leur public, ils anticipent sur la réception des spectateurs. Il faudrait pourtant effectuer derrière un travail d’interrogation, une prise de risque de la part des théâtres et des compagnies. Ça ne veut pas dire proposer des spectacles difficiles, mais des spectacles où l’on s’étonne, on s’interroge. Où l’on est ému. Le théâtre sera plus fort si ceux qui le font assument la responsabilité de rendre compte de notre époque, sans avoir peur de déranger, de revendiquer haut et fort la prise de tête plutôt que la pensée commune aliénante.

 

Cela passe-t-il forcément par l’émotion ?

Par l’émotion et la pensée. Quand je sors d’un spectacle qui m’a touchée, ça me donne envie de faire des choses. Il faut une rupture avec ce que le spectateur reconnaît, un décalage qui provoque une étincelle, le choc d’une émotion… Je pense que les artistes crèvent à petit feu du fait de devoir rentrer dans le moule du « faire passer une bonne soirée au public ».

 

Revenons-en au TPM, qui fête ses trente ans de résistance (euh, d’existence, pardon). Quels sont vos projets ?

Nous avons mis en place un laboratoire composé de comédiens amateurs et professionnels pour réfléchir à la responsabilité du théâtre actuel : l’acte de la parole,  la place de l’artiste, la poésie… D’autre part, j’ai sélectionné vingt spectacles qui me paraissaient fondamentaux dans mon travail de metteur en scène et j’écris un texte qui retraverse les thèmes abordés. Pourquoi fait-on du théâtre ? Novarina dit : « On est acteur parce qu’on ne s’habitue pas à vivre dans le corps imposé, dans le sexe imposé. » Je crois que c’est quelque chose qu’on n’a pas à supporter tout court. Il s’agira donc de monter un spectacle à l’issu de ce laboratoire, à partir de cette problématique-là. Ce sera l’occasion de revisiter l’époque. Je ne fais pas des spectacles qui racontent des histoires, je fais des spectacles qui traversent l’histoire. La fable ne m’intéresse absolument pas au théâtre, et le réel encore moins.


Propos recueillis par Maude Buinoud

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