Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Presse Zibeline : article L’Excès-Kaplan

Publié le par Théâtre du Petit Matin

"Louise, elle est folle !" : abondance de mots et circulation virtuose
pour un duo agité
L’Excès-Kaplan

 

Le Théâtre du Petit Matin est fou des mots de Leslie Kaplan : Nicole Yanni a adapté et mis en scène Le Silence du Diable il y a un certain temps et l’auteure était présente en juin au théâtre pour une journée Psychanalyse et Terreur. Ce vendredi 13 janvier Anne Beaumond et Agnès Valentin dirigées par Philippe Penguy jouaient l’une des pièces du triptyque écrit pour la scène : Louise, elle est folle ! Pas tant que ça finalement ou moins que l’on ne l’espérait… Qui est Louise ? Ni l’une ni l’autre et les deux à la fois lorsqu’il s’agit de désigner la part de ce qui échappe, fuit, trahit ou provoque ; une « troisième » de confort ; un recours extérieur qui justifie que l’on continue à vivre lorsqu’on a touché les bords ou exploré les limites de soi. Les deux femmes sur scène ne sont personne d’autre que des parleuses souvent agressives, double face d’un dialogue ininterrompu qui anime la machine infernale du langage sans qu’il n’explose jamais sauf dans l’expression du sentiment le plus simple « je suis malheureuse » ; comme un gant qu’elles ne cesseraient de retourner elles sont toi et moi en alternance et se glissent dans les mots de l’autre ; le texte est formidable de virtuosité nécessaire, il fait mouche, rebondit et circule dans le vertige de la langue. Les deux comédiennes ne ménagent pas leur peine ou leur savoir-faire pour incarner un rythme, exhumer la vérité des lieux communs, dire rien et dire tout à la fois ; le plateau est délimité par une bâche en plastique transparent dans laquelle elles s’enrouleront, suffoqueront et qu’elles vaincront comme une vérité étouffante ; elles manipulent un escabeau, y grimpent, le renversent et leur jeu extraverti divertit. On pressent, on soupçonne un au-delà du texte – le monde est convoqué dans les listes, les nomenclatures, les détails – qui ne se lève pas, prisonnier peut-être des gesticulations ou des « illustrations » trop simples ( dire « capuchon » et s’en couvrir la tête par exemple) Alors Beckett se rétracte et laisse la place à Nathalie Sarraute, ce qui reste très honorable tout de même.
MARIE JO DHO
Janvier 2017

Source : http://www.journalzibeline.fr/critique/lexces-kaplan/

Commenter cet article