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3 FEMMES ET QUELQUES AUTRES...

Publié le par Théâtre du Petit Matin

3 FEMMES ET QUELQUES AUTRES...

Jeudi 4 février, au Théâtre du Petit Matin, une cinquantaine de spectateurs a découvert le dernier texte - mais premier de fiction - fraîchement écrit de Nicole Yanni. Trois femmes et quatre comédiennes emblématiques d’une génération théâtrale marseillaise se partagent le plateau, avec toute l’attention fragile que l’on doit aux paroles de l’auteure également présente sur scène.

Une femme en noir et blanc parle du geste d’écrire et examine le manque qu’il y a derrière, la femme en jaune se demande comment vieillir, la femme en rouge rejette l’idée de la jeunesse, et celle en bleu en émergeant du public recherche un élan de nouveauté.

Toutes ont une soixantaine d’année, elles s’appellent Laurence, Esther, Barbara et se posent la question du temps qu’il leur reste. Qu’en faire ? Avec qui ? Etre seule ou à plusieurs ? Le vécu qu’elles ont derrière les a forgé, endurci, adouci et ancré ici et maintenant. Elles savent qui elles sont et où elles vont, mais pas toujours comment y aller.

Les mots posés sont justes et incisifs. La sincérité du propos divisé en quatre partition raconte habillement l’embarras et la multiplicité des interrogations d’une femme face à la vieillesse, à cet arrêt progressif du travail, et à la vacuité tranquille que cette vie nouvelle impose. Mais attention, aucune victimisation derrière ces grandes questions !

Ces quatre personnages sont pleins de verve : l’une avoue adorer les vieux, une autre sonde ce désir “soi-disant” apaisé des femmes après 50 ans, tandis que la troisième se rebelle contre les habitudes conventionnelles de ses amies un peu trop réglées à son goût. Le ton global est léger, l’écriture fluide nous amène d’Amsterdam à Marseille pour finir en Sicile, où une fameuse scène de tragédie rendra service à l’écrivaine qui s’inquiétait du manque de drame dans l’intrigue. Mais sous la drôlerie apparente se cache des thèmes fondamentaux: la mort, le temps qui avance irrémédiablement, le devenir des mères lorsque les enfants sont grands, la relation aux autres, la rencontre, la solitude...

L’ensemble mériterait malgré tout certaines coupes, quelques longueurs diluent légèrement le propos. Cette mise en voix autorise chaque lectrice a opérer un point de vu sur le personnage qui lui a été attribué (le spectateur ne s’y trompe pas, la distribution semble faite sur mesure), et l’identification peut alors fluctuer suivant l’idée qui y est déployée.

Cathy Avram, en rebelle adolescente sur le retour, prend un malin plaisir à s’emparer du texte -quitte à l’écorcher au passage, sous le regard à la limite de l'agacement de l’auteure, ce qui crée une vibration jouissive pour le public !
Micheline Welter apporte justesse et finesse à son personnage, quand Brigitte Cirla affirme et incarne la femme bobo par excellence.
Nicole Yanni dans son propre rôle ou presque, nous livre ses doutes sur l’écriture mais aussi son regard craintif autant qu'attendrit sur les personnages qu’elle a crée, s’incarnant pour la première fois. A l’image du noir et blanc de son costume, l’auteure-metteur en scène nous offre un texte lumineux parsemé de zones d’ombres, qui dévoile en filigrane et avec pudeur l’intimité d’une femme mûre contemporaine, avec ce qu’il faut de mystère pour que les mots nous agitent encore après les avoir reçu.

Le théâtre du Petit Matin a accueilli nombres de textes en trente années d’existence, aujourd’hui la maîtresse des lieux restitue à sa manière les mots qui ont percutés ces murs, puisqu’ils ont des oreilles… Le temps nous ai compté, mais si le fil de la parole perdure, le théâtre continue.

Diane Calis

3 FEMMES ET QUELQUES AUTRES...

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