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Ronan Chéneau

Publié le par Théâtre du Petit Matin

Ronan Chéneau

RONAN CHÉNEAU
Paris, le mardi 19 octobre 2009

De tous les metteurs en scène, de toutes les personnes que j’ai pu croiser dans cette
profession à ce jour, Nicole Yanni est, de loin, celle qui connaît le mieux les écritures
contemporaines. elle les connaît, elle les lit, mais surtout depuis des années les découvre.

il y a cinq ans, je venais tout juste de publier ma première pièce, j’étais très peu joué,
je n’étais jamais allé à Marseille, Nicole Yanni m’appelait pour me parler de mon texte.
Je connaissais déjà son travail sur l’excès l’usine de Leslie Kaplan et c’est ainsi
que j’ai eu connaissance de ses lectures publiques au théâtre du petit Matin.
Elle m’invitait quelque mois plus tard, pour la lecture d’un montage de mes textes,
livrant ainsi au public de véritables clefs sur mon travail, une première pour moi.

J’ai depuis écrit un certain nombre de spectacles, tourné dans beaucoup de lieux
en France, à l’étranger. Je peux dire que les endroits consacrés aux auteurs vivants
tel que le théâtre du petit Matin sont extrêmement rares, je les compte sur les doigts
d’une seule main, quant à la manière de transmettre ces écritures, la passion, le plaisir,
le savoir faire, simplement : je n’en connais aucun autre. Je ne connais aucun lieu
en France où, comme Nicole Yanni et ses comédiens, l’on offre un éclairage aussi
poussé sur l’œuvre d’un auteur vivant, avec un tel plaisir, une proximité telle qu’elle
attire tous les publics, j’ai pu le constater. Ce travail de transmission des auteurs
vivants au théâtre (et pas seulement) est extrêmement difficile, mais chercher
à atteindre le public le plus large en ne faisant aucune concession sur ses choix
et sur ses exigences, cela l’est encore plus. J’ai vu que Nicole Yanni
et ses comédiens arrivaient à faire cela depuis des années au TPM.

Je suis sans doute un des auteurs les plus modestes à être passé dans ce lieu,
entre Jacques Roubaud, Noëlle renaude, Philippe Minyana, Fabrice Melquiot...
(et parmi eux on peut citer aussi bien un grand nombre de tout jeunes auteurs).
Leur recette est simple, j’ai vu Nicole Yanni et ses comédiens à l’oeuvre :
une passion, un travail. J’ai vu Nicole Yanni lire l’intégralité d’un auteur
pour en livrer l’essentiel à son public.

Bien sûr, il existe d’autres rendez-vous, d’autres lieux consacrés aux écritures,
souvent de grosses institutions qui drainent un public assez homogène et spécialiste,
qui se cantonnent à certains styles d’écritures. Nicole Yanni puise au contraire
dans la grande diversité de l’écriture vivante, pour la plus grande diversité du public ;
des écritures néanmoins toutes faites pour la scène, anticipant aussi par ce geste
ce que l’on nomme aujourd’hui « nouvelles écritures scéniques ». Citons pour exemple
la venue de Christophe Tarkos au théâtre du petit Matin, bien avant le succès posthume
qu’on lui connaît aujourd’hui, Tarkos le poète dont nulle aujourd’hui ne contesterait
la pertinence de lire et mettre en scène les textes sur un plateau de théâtre...

Mais outre la passion, la curiosité, la ténacité, ce que je connais de plus précieux
chez Nicole Yanni est sa grande simplicité, sa disponibilité tant envers le public
que les artistes, qualité bien rare quand il est question de création contemporaine,
et sans laquelle décidément les ponts sont impossibles à construire.

Cela pour vous dire qu’il existe donc bien un lieu unique à mes yeux, en termes
d’exigence, de convivialité et de proximité pour la transmission des écritures
contemporaines : c’est le théâtre du petit Matin à Marseille. Ne pas le soutenir,
ne pas le préserver, le menacer me semble une erreur grave et une parfaite absurdité.

Ronan Chéneau

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